Tarawa atoll sanglant

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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar Jean-Louis » Lun 09 Avr 2018, 00:46

Oui, j'avais déjà remarqué que le cargo en photo n'est pas le même que celui dessiné, mais je n'ai pas relevé ; il y a des gens ici à qui ça donne de l'urticaire que l'on puisse se soucier de ce genre de détail... :sifl:

Pour une réédition éventuelle, je doute que Dupuis fasse faire un travail de fond de recherche et de correction ; au mieux, ils mettront un bémol sur l'emphase de prétention d'authenticité, déclamée par le commentaire... :deso:
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar Lord Foxhole » Lun 09 Avr 2018, 02:33

JYB a écrit:Je n'ai pas pris cet extrait au hasard. En effet, on n'est plus dans la seule partie "BD", il s'agit aussi de l'iconographie documentaire, puisqu'on voit une photo légendée en haut de la page. Or, désolé de le dire, mais la photo et la légende de cette photo sont fausses et hors sujet. La photo ne montre pas un cargo japonais à Tarawa, comme l'affirme la légende, mais à Guadalcanal. A Tarawa, le cargo échoué s'appelle Saidu Maru. A Guadalcanal, Kinugawa Maru ; c'est celui qui figure sur la photo. Ainsi donc, même la photo que les lecteurs croient sûrement vraie, publiée dans le haut de la page d'un album consacré à Tarawa, et censée appuyer le récit en BD par une preuve photographique, n'est pas bonne... Et pourtant, pour la publication de l'album couleur, nous ne sommes plus en 1948 ni en 1951, mais en 1975, et Charlier, l'auteur de la légende de la photo, affirme avec le même aplomb qu'ailleurs : "Le cargo japonais échoué devant une des plages de Bétio (...) la première nuit du débarquement sur Tarawa".

Effectivement, en cherchant un peu sur le Net, j'ai retrouvé des traces de ce Kinugawa Maru, qui se trouve à Guadalcanal et pas à Tarawa...
http://wikimapia.org/4922184/Wreck-of-Kinugawa-Maru

82_big.jpg


A franchement parler, depuis pas mal d'années, j'avais déjà la puce à l'oreille en ce qui concerne ces photos... Il me paraissait clair que Dupuis s'était légèrement payé la tête de ses lecteurs en ce qui concerne ces documents.
Du reste, à l'analyse, il est tout à fait exact que plein de petits détails, dans la bande dessinée, ne " collent pas " avec la réalité.
Un exemple de mémoire : l'un des Marines, à un moment donné, affirme avoir débarqué en Sicile (historiquement en mai 1943, donc) et que c'était une partie de plaisir en comparaison avec Tarawa (en novembre 1943). Possible ? En fait, pas trop à mon avis... Étant donné que, durant la Seconde Guerre Mondiale, le Corps des Marines n'est jamais intervenu sur le Front Européen.
Il faudrait donc imaginer que le gars ait fait partie d'une unité d'infanterie en Méditerranée, en mai, avant de se faire muter chez les Marines et transférer dans le Pacifique, à des milliers de kilomètres de là... Et tout ça en moins de 6 mois !

Ceci dit, il n'en reste pas moins que Tarawa - en dépit d'un côté documentaire boiteux - reste pour moi un objet assez fascinant, à cause de son ambiance très spéciale...
Car l'histoire racontée, même si elle est un peu bidon, fait bien sentir au lecteur à quel point le Front du Pacifique fut rude, cruel, impitoyable. Coincés sur une île au milieu d'un océan hostile, les adversaires n'avaient pas vraiment la possibilité de reculer et de s'enfuir : il fallait se battre jusqu'au bout... Et il faut bien l'avouer, ceux-là se détestaient cordialement. Peu de Japonais éprouvaient l'envie de se rendre, et peu d'Américains éprouvaient l'envie de faire des prisonniers. L'album ne cache pas grand chose de la cruauté régnante au cœur des combats.

Ajoutez à cela que Hubinon, pour la version des années 1970, nous avait gratifié de superbes nouvelles vignettes géantes... Un gonflage artificiel du matériel de base, certes. Mais les images sont suffisamment belles pour faire regretter que tout l'album n'ait pas été redessiné complètement...
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar JYB » Lun 09 Avr 2018, 08:56

Merci, Lord Foxhole, ainsi que Jean-Louis, d'aller dans le même sens que moi, pour l'aspect documentaire, et je vois que je n'ai pas prêché en vain dans le désert.

Lord Foxhole a écrit:Ajoutez à cela que Hubinon, pour la version des années 1970, nous avait gratifié de superbes nouvelles vignettes géantes... Un gonflage artificiel du matériel de base, certes. Mais les images sont suffisamment belles pour faire regretter que tout l'album n'ait pas été redessiné complètement...

Concernant les nouvelles images par Hubinon pour la nouvelle édition en couleur de 1975, deux choses importantes :
- "léger" problème là aussi, car dans ses nouvelles images, Hubinon s'est à son tour planté ! Quitte à lui faire recommencer certaines images, autant lui fournir les bonnes photos pour rectifier tant les avions que les bateaux et autres. De bonnes photos largement trouvables en 1975, et même en 1973/74 quand ce double album en couleur a été préparé (sauf peut-être des photos du fameux cargo japonais échoué réellement à Tarawa ; mais moi, je les ai trouvées, donc, en 2018, c'est trouvable, je ne suis pas plus malin qu'un autre). Hubinon s'est contenté de reprendre, en plus grand, les images de Charlier datant de 1948/1949, mais Hubinon n'a pas vu, et personne n'a prévenu Hubinon, qu'il y a un certain nombre de défauts dans les dessins de Charlier. C'est ennuyeux...
- quitte à refaire des images, autant refaire les images qui méritaient d'être refaites pour dessiner correctement les sujets d'un point de vue documentaire ; pas juste les images nécessaires pour, comme tu dis justement et comme je l'ai signalé précédemment, gonfler artificiellement la pagination afin de parvenir à constituer deux albums de 46 planches. Le fric, la rentabilité... mais le reste, on s'en fout.

Par ailleurs, la mise en couleur aussi est fausse. Tous les spécialistes de la marine pendant la guerre savent que les bateaux engagés dans le conflit portaient une peinture générale grise, les Américains comme les autres (seuls les navires marchands neutres continuaient de porter leurs couleurs "civiles" du temps de paix et leurs noms visibles). Or, si vous regardez dans les deux albums Dupuis les navires de transport américains, ils sont en couleur ! On va me rétorquer : oui, mais la coloriste du studio Léonardo ne savait pas. Ben, la moindre des choses, ça aurait été de le lui dire...

Donc, je répète : une remise à plat et à fond de la BD, à différents niveaux (dessins, textes, couleurs) est plus que nécessaire si on veut la republier de nos jours. Mon pari est que jamais Dupuis ne fera cette remise à plat - pas seulement parce que ce serait un chantier relativement énorme, mais aussi parce que, chez Dupuis, personne n'a, d'une part la conscience de bien faire, d'autre part l'érudition, pour se lancer là-dedans.
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar JYB » Mer 11 Avr 2018, 09:33

Lord Foxhole a écrit:Du reste, à l'analyse, il est tout à fait exact que plein de petits détails, dans la bande dessinée, ne " collent pas " avec la réalité.
Un exemple de mémoire : l'un des Marines, à un moment donné, affirme avoir débarqué en Sicile (historiquement en mai 1943, donc) et que c'était une partie de plaisir en comparaison avec Tarawa (en novembre 1943). Possible ? En fait, pas trop à mon avis... Étant donné que, durant la Seconde Guerre Mondiale, le Corps des Marines n'est jamais intervenu sur le Front Européen.
Il faudrait donc imaginer que le gars ait fait partie d'une unité d'infanterie en Méditerranée, en mai, avant de se faire muter chez les Marines et transférer dans le Pacifique, à des milliers de kilomètres de là... Et tout ça en moins de 6 mois !

J'ai retrouvé la bulle où un personnage de la BD dit avoir débarqué en Sicile (c'est page 37 du second album en couleur chez Dupuis en 1975, et page 57 de l'album N&B de 1951/52).
Si c'est un soldat, effectivement, c'est quasiment impossible qu'il ait débarqué en Sicile (à partir de juillet 1943 et non en mai) et se soit retrouvé dans le Pacifique en novembre (en fait vers septembre car la flotte de reconquête de Tarawa s'est mise en branle bien avant le débarquement lui-même). Mais à lire la scène dans la BD, je comprends que le personnage qui parle doit être un correspondant de guerre, comme les trois héros de Tarawa présents à ses côtés ; ils sont venus aux nouvelles auprès de l'amiral chef des opérations. Bien que ça paraisse tortueux et un peu compliqué en ces circonstances, ce n'est pas impossible qu'un correspondant de guerre ayant couvert la Sicile soit expédié à l'autre bout du monde pour rendre compte d'un autre débarquement.

En fait, il faudrait prendre connaissance du document qui a servi à la base à JM Charlier pour raconter son histoire, à savoir le reportage du correspondant de guerre Robert Sherrod, publié dans le magazine Time puis en livre en janvier 1944. Sherrod a débarqué lui-même à Tarawa et relate tout ce qu'il a vécu, y compris l'horreur que l'on devine dans la BD de Charlier et Hubinon (et ce fut même plus horrible dans la réalité et dans le livre, la BD ayant quelque peu édulcoré ce qui s'est passé) ; sans doute ce livre rapporte-t-il qu'un des collègues correspondants de guerre de Sherrod fut du débarquement en Sicile ?
J'en profite pour présenter la couverture du livre de Sherrod, paru en janvier 1944 :
Image
Il y aura par la suite une édition en français du livre.

S'il faut pointer de véritables erreurs ou approximations dans la BD, je peux en citer, il y a de quoi faire, en plus de celles que j'ai déjà citées... Au niveau des photos qui accompagnent l'édition de la BD en 1975 (et pas au niveau des dessins puisque certains n'ont que faire que les dessins soient faux), je peux citer par exemple la photo du haut de la page 4 de l'album "Première partie", qui montre des bateaux de débarquement type LST : pareil que pour la photo que j'ai citée dans un précédent post, elle n'est pas prise à Tarawa mais sur un autre site de débarquement (à Leyte) ; on pourrait imaginer que le LST que l'on voit en premier plan, et dont on lit le numéro sur la coque, ait, lui, débarqué à Tarawa, comme le dit assez clairement la légende de la photo. Pas de chance, non seulement ce LST n'a jamais débarqué à Tarawa, mais en outre, les deux débarquement ayant eu lieu presque en même temps, le même LST ne pouvait de toute façon pas être à deux endroits à la fois...
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar JYB » Sam 21 Avr 2018, 10:01

JYB a écrit:
Lord Foxhole a écrit:En fait, il faudrait prendre connaissance du document qui a servi à la base à JM Charlier pour raconter son histoire, à savoir le reportage du correspondant de guerre Robert Sherrod, publié dans le magazine Time puis en livre en janvier 1944. Sherrod a débarqué lui-même à Tarawa et relate tout ce qu'il a vécu, y compris l'horreur que l'on devine dans la BD de Charlier et Hubinon (et ce fut même plus horrible dans la réalité et dans le livre, la BD ayant quelque peu édulcoré ce qui s'est passé) ; sans doute ce livre rapporte-t-il qu'un des collègues correspondants de guerre de Sherrod fut du débarquement en Sicile ?
On n'est jamais si bien servi que par soi-même, aussi ai-je acheté le livre de Robert Sherrod racontant l'histoire du débarquement de Tarawa. Je pensais bien le faire un jour, mais ne me pressais pas car j'avais déjà des extraits en photocopies. Or, les extraits dont je dispose n'ont pas la partie du récit qui évoque ce type qui a débarqué en Sicile (en juillet 1943, donc) et qui se retrouve quatre mois plus tard à Tarawa, à l'autre bout de la planète.
La mention de ce type est très succincte dans le livre (de même que sa présence dans la BD de Charlier et Hubinon). Il s'avère que ce n'est ni un Marine comme le pensait Lord Foxhole, ni un correspondant de guerre comme je le suggérais, mais un officier du navire qui transporte jusqu'à Tarawa le correspondant de guerre Robert Sherrod (donc le héros Sid Callahan dans la BD).
Faisons confiance à Robert Sherrod dans ce qu'il a rapporté, bien que ça me paraisse très curieux qu'un officier de marine américain, qui participe sur son bateau au débarquement en Sicile en juillet 1943 (et qui devrait dans la foulée continuer d'assurer des transports lors des débarquements dans le reste de la péninsule italienne en août, septembre et octobre suivants), soit envoyé aussitôt dans l'ouest-Pacifique.

J'étais curieux d'avoir ce livre entre les mains pour savoir si oui on non une scène importante de la BD s'est réellement déroulée : celle où un avion Avenger atterrit dramatiquement sur la piste de Tarawa, en se posant acrobatiquement sur le ventre, train rentré, ce qui tue par écrasement le mitrailleur arrière allongé dans une mini-cabine sous le ventre de l'avion. Cette scène tient en haleine et dure quelques pages de l'album, vers le début du second album en couleur chez Dupuis en 1975. Mais j'ai toujours eu un sentiment mitigé quand je la relisais. Je sentais que quelque chose ne colle pas. Eh bien, en effet, cette scène est totalement inventée ! Je n'en trouve aucune trace dans le livre, ni dans le fil du récit, ni à la fin quand le journaliste fait le point sur tout ce qu'il découvre sur l'île à la fin des combats, détail par détail, épave par épave, bunker par bunker, etc. Je sais bien que certains vont se précipiter pour me rétorquer qu'on s'en fout. Sauf que, je le répète, il y a tromperie sur la marchandise quand l'expression "rigoureusement authentique" qualifie la BD à de nombreuses reprises, dans les introductions des albums de 1951 et de 1975, ainsi que dans tous les textes journalistiques et autres argumentaires de l'éditeur parlant de l'album.

Parmi les (nombreuses, je peux vous le garantir...) inventions de Charlier et/ou d'Hubinon par rapport à la réalité historique - des distorsions certainement volontaires et conscientes -, sans parler carrément de contre-vérités, voici une petite mais étrange modification.
Dans le début de l'album, un soldat transporté sur un bateau se rendant vers l'ouest-Pacifique décède à bord : il s'était endormi pour la nuit sous une plate-forme de canon, et au matin, quand les servants du canon ont voulu faire fonctionner leur canon, le mécanisme a écrasé le gars qui dormait dessous et dont ils ignoraient la présence. On voit donc une scène dans la BD montrant, en haute mer, pendant la navigation, l'immersion de la dépouille du malheureux soldat, un certain Munson (le nom est repris par Charlier, c'est bien Munson dans le livre de Sherrod). Le corps a été emmailloté dans un drapeau américain et on voit le corps s'apprêtant à glisser sur un chevalet par-dessus le bord. Dans une case, Charlier fait dire au héros Rock : "Le voilier m'a dit que selon la tradition, il avait percé le nez de Munson avec le dernier point fermant le suaire...". Ce à quoi l'autre héros, Sid Callahan, répond : "Exact... Et on lui a glissé un dollar dans la bouche pour payer son passage dans l'au-delà...Superstitions..." Le fait que Callahan appuie l'information par un "exact" est faux, comme sont fausses les deux informations dites par les deux hommes ! En effet, dans le livre, j'ai retrouvé le passage : le correspondant de presse Robert Sherrod en personne raconte que justement, contrairement à la tradition, on n'a pas percé le nez de Munson avec le dernier point de couture et on n'a pas glissé de dollar dans la bouche du mort. "La coutume ancienne (...) fut omise", raconte Sherrod.
Je sais : on va me rétorquer qu'on s'en fout, car ça ne change rien à l'Histoire avec un grand H. Et moi, je réponds : il est écrit "rigoureusement authentique" au début de l'album, et je m'attends donc à ce que tout ce qui est raconté soit rigoureusement authentique, cela aurait donné davantage de force au récit en BD. Charlier aurait-il lu trop vite le livre ? A-t-il pensé que ce serait mieux de raconter l'inverse que ce que raconte Sherrod ? Or, je ne vois pas en quoi cela aurait changé beaucoup de choses d'indiquer dans cette scène que la superstition ancienne au sein de la marine n'a pas été respectée ; et cela aurait quand même permis d'informer le lecteur de la BD comment se pratiquaient les immersions, autrefois.

Voici une autre fausse information (de détail, vont dire certains, mais quand même...) : dans la BD, au début du voyage du fameux cuirassé Blisterbutt (nom inventé tant par Sherrod que par Charlier qui le reprend), les trois héros, correspondants de guerre, n'ont pas de place où loger à bord. On apprend que le commandant du navire leur cède sa cabine et va loger dans... la tourelle de tir. Grosse surprise de ma part quand j'avais lu ça ! En effet, je ne vois pas comment ce fût possible qu'un commandant de bateau accepte de loger dans une tourelle de tir ! Où, de toute façon, il n'y a pas de quoi loger... Surtout qu'il est écrit dans la BD : "la tourelle de tir", comme s'il n'y avait qu'une tourelle sur un tel cuirassé ! Vouloir gagner la guerre du Pacifique avec une seule tourelle de tir par bateau, on peut imaginer que les Japonais occuperaient encore Tarawa de nos jours... En fait, dans le livre, je vois que le commandant a bien fait un échange, mais il va dormir "dans sa cabine de combat". Je préfère : une cabine d'où un commandant peut diriger un combat, mais une vraie cabine, oui, où il dispose forcément d'une couchette pour se reposer...

Etc etc...
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar Jean-Louis » Sam 21 Avr 2018, 11:08

JYB a écrit:Je sais : on va me rétorquer qu'on s'en fout, car ça ne change rien à l'Histoire avec un grand H. Et moi, je réponds : il est écrit "rigoureusement authentique" au début de l'album, et je m'attends donc à ce que tout ce qui est raconté soit rigoureusement authentique, cela aurait donné davantage de force au récit en BD. Charlier aurait-il lu trop vite le livre ? A-t-il pensé que ce serait mieux de raconter l'inverse que ce que raconte Sherrod ? Or, je ne vois pas en quoi cela aurait changé beaucoup de choses d'indiquer dans cette scène que la superstition ancienne au sein de la marine n'a pas été respectée ; et cela aurait quand même permis d'informer le lecteur de la BD comment se pratiquaient les immersions, autrefois.

Je pense que Charlier, en bon scénariste BD, a systématiquement choisi la version la plus spectaculaire ou la plus pittoresque ; ce qui était le plus propre à captiver ses lecteurs.
Respecter la réalité historique n'a jamais été son propos (sauf sans doute dans Les Dossiers Noirs).

Après, que lors de la publication, décision a été prise (par lui et/ou l'éditeur) de prétendre à l'authenticité du récit, pour des raisons commerciales, et peut-être aussi pour désamorcer la Censure (qui a pu être moins pointilleuse en croyant avoir affaire à un récit historiquement vrai, et pas à une fiction), c'est une autre histoire.

C'est intéressant (d'un point de vue documentaire) de relever les écarts par rapport à la réalité, mais je crois qu'il ne faut pas trop s'en formaliser sur le plan moral. Charlier n'était-il pas un menteur professionnel, puisque son métier était, éventuellement à partir de faits réels, d'imaginer des histoires qui ressemblent à la réalité.:chapeau:
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar nano » Sam 21 Avr 2018, 11:59

Pour moi JYB se livre au plus bel hommage que l'on puisse rendre à Charlier. Grâce à lui Tarawa redevient un atoll sanglant où même les mouches se font enc....

Comment peut on pousser une étude aussi loin?
Va t'on aborder la question du caporal X qui se gratte les burnes à la case 12 de la planche 17 alors que tout le monde sait que ce même caporal avait perdu ses bras en buvant son Tonimalt trop chaud lors de la rixe du middleway?

Et bien moi j'en redemande. :love1:

JYB, encore du factuel, encore des écarts historiques, encore des légèretés scénaristiques... :faim: :faim: :faim: :faim:

Je me découvre un goût prononcé pour la cruelle agonie des diptères.
La petite fiente universelle!!!!!!!!!!
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar JYB » Sam 21 Avr 2018, 13:29

Jean-Louis a écrit:Je pense que Charlier, en bon scénariste BD, a systématiquement choisi la version la plus spectaculaire ou la plus pittoresque ; ce qui était le plus propre à captiver ses lecteurs.
Respecter la réalité historique n'a jamais été son propos (sauf sans doute dans Les Dossiers Noirs).

Après, que lors de la publication, décision a été prise (par lui et/ou l'éditeur) de prétendre à l'authenticité du récit, pour des raisons commerciales, et peut-être aussi pour désamorcer la Censure (qui a pu être moins pointilleuse en croyant avoir affaire à un récit historiquement vrai, et pas à une fiction), c'est une autre histoire.

C'est intéressant (d'un point de vue documentaire) de relever les écarts par rapport à la réalité, mais je crois qu'il ne faut pas trop s'en formaliser sur le plan moral. Charlier n'était-il pas un menteur professionnel, puisque son métier était, éventuellement à partir de faits réels, d'imaginer des histoires qui ressemblent à la réalité.:chapeau:
Je rappelle qu'il n'y a pas que les textes ou l'adaptation du livre en BD qui sont faux, les dessins aussi sont faux. Je répète que Charlier, dans son introduction, dit que la BD est un véritable reportage photographique. Mon oeil !! Pourquoi mentir sur ce plan-là aussi, s'il fallait surtout raconter des choses spectaculaires ? J'ai déjà dit plus haut que Charlier était doté d'une grosse documentation photo sur le matériel américain à l'époque et pendant la guerre du Pacifique, il pouvait être plus soigneux. A quoi ça rime de dessiner un mauvais modèle d'avion ou de bateau ou de n'importe quoi d'autre, s'il s'agit essentiellement de contourner la censure ? Ou de faire plus spectaculaire ?

Exemple : dans le livre de Sherrod, il est écrit en toutes lettres que l'avion qui tombe du pont du Blisterbutt et s'écrase en mer, au début, est un OS2U. En prenant ses petites fiches, Charlier aurait vu aussitôt qu'il s'agit d'un Vought OS2-U Kingfisher dont il existait, en 1948, au moment où la BD a été réalisée, nombre de photos et de plans ; ce n'est pas un avion secret ni mal documenté ; il suffisait de reproduire cet avion et pas un autre. Or, Charlier a dessiné tout autre chose qui n'a rien à voir (un biplan alors que l'OS2-U est un monoplan. Déjà, rien que ça ça saute aux yeux, et n'importe qui, sans rien y connaître en aviation, peut détecter la différence). Alors, un spécialiste comme Charlier qui dessinait des avions et des plans d'avions dans trois revues en parallèle - Spirou, Bimbo et Le Moustique -, à partir d'une copieuse documentation, entre 1944 et 1948, ne pouvait pas se tromper. Est-ce que l'avion qu'il a dessiné est plus spectaculaire ? Pas plus ! Est-ce que la censure aurait refusé la BD si l'avion avait été différent ? Rien à voir...

Charlier a choisi de raconter un fait réel, on s'attend à ce qu'il raconte ce fait réel - du moins, personnellement, je m'attends naïvement à ce qu'il raconte des faits avérés... Qu'après, quand on s'aperçoit qu'il a faux (on s'en aperçoit grâce à moi... puisque apparemment, je dois être le premier à "lever le lièvre" sur cette affaire, depuis 70 ans que la BD existe), c'est trop facile d'expliquer que Charlier était un raconteur d'histoires. C'était en effet un gros blagueur quand il écrit (car c'est lui qui a écrit les introductions) qu'il s'est documenté à fond et que son Tarawa est "rigoureusement authentique" (sic ; je n'insisterai jamais assez sur ces deux mots).
Comme on dit souvent, "la réalité dépasse la fiction". Je suis persuadé que la réalité historique à Tarawa, telle que racontée par Sherrod, est tellement forte qu'il n'y a pas besoin d'inventer autre chose que ce qui est arrivé. Pourquoi chercher ailleurs du spectaculaire, et même l'inventer (!), alors que les opérations à Tarawa sont déjà en elles-mêmes fortes et spectaculaires ? Et alors que Charlier a repris des extraits du livre ; il n'a pas tout raconté.

Contourner la censure ? Mais la BD a été publiée la première fois dans Le Moustique, en 1948, avant la fameuse loi de la presse sur la protection de la jeunesse, en 1949. Quand est venue la publication en album, en 1951, la loi en question était en vigueur, il suffisait à Charlier d'expliquer éventuellement aux censeurs que son histoire est basée sur des faits historiques, sans aller jusqu'à prononcer des expressions exagérées comme "rigoureusement authentique". D'autant que si le censeur le prenait au mot, il aurait demandé des preuves, et la preuve, c'était le livre de Sherrod, qui démontre que Charlier a en partie faux. Cela aurait été contre-productif de tricher avec la censure, et là, du coup, Charlier se serait fait retoquer pour toujours.

Il y a aussi des changements qui n'ont rien de spectaculaire. Un exemple parmi d'autres : à plusieurs reprises, les héros de la BD discutent avec un gars qui s'appelle Tschaum (quand le gars se présente à eux, Rock dit même : "A vos souhaits !" ; dans le livre de Sherrod, il n'y a pas cette réflexion, mais pourquoi pas ? Dans une BD francophone, un scénariste francophone peut amuser avec cette réflexion). Sauf que le nom exact dans le livre est Schaun avec un N final, pas un M. Qu'y a-t-il de spectaculaire à changer la dernière lettre du nom....?? Quelle crainte de la censure a poussé Charlier à modifier le nom ? On pourrait penser que c'est une simple coquille. Sauf que le nom Schaun est répété à plusieurs reprises dans le livre comme dans la BD ; il y a un moment où Charlier se serait aperçu de la faute.

Je répète : la liste des erreurs et/ou modifications inexplicables, à tous les niveaux, est très longue... Il y a tellement de différences, parfois énormes, entre la réalité racontée par un témoin direct comme Robert Sherrod, et la BD de Charlier et Hubinon, que Charlier lui-même devait en être parfaitement conscient et aurait juste dû préciser en préambule que sa BD est librement inspirée, mais pas copiée, de la réalité.

Je me dois de préciser, puisque j'ai pu comparer le livre et la BD, que Charlier a reproduit parfois des phrases au mot près qu'on trouve dans le livre. Comme quoi, à certains endroits, il a bien recopié à l'identique. C'est sans doute pour ça qu'il a généralisé en disant que la BD est "rigoureusement authentique". Sauf qu'à côté de ça, il y a plein d'arrangements avec la réalité... Et pourquoi avoir recopié à l'identique certaines scènes, ni plus ni moins spectaculaires que d'autres, et avoir inventé ou modifié d'autres ? La réalité est tellement forte et extraordinaire à elle seule...

Tu dis que dans les Dossiers noirs (documentaires télé), Charlier respectait mieux la réalité historique. Euh.... Tu veux que je raconte....? Tu veux que je sorte des articles de spécialistes qui ont commenté ses documentaires et démontré les distorsions par rapport à la réalité, là encore...? Truqueur un jour, truqueur toujours...
J'ajoute que Charlier a aussi écrit de très nombreux articles historiques, au cours de sa carrière. Là aussi on espère qu'il y a respecté la réalité historique. Enfin, on peut toujours espérer...
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar Jean-Louis » Sam 21 Avr 2018, 21:21

JYB a écrit:Je rappelle qu'il n'y a pas que les textes ou l'adaptation du livre en BD qui sont faux, les dessins aussi sont faux. Je répète que Charlier, dans son introduction, dit que la BD est un véritable reportage photographique. Mon oeil !! Pourquoi mentir sur ce plan-là aussi, s'il fallait surtout raconter des choses spectaculaires ? J'ai déjà dit plus haut que Charlier était doté d'une grosse documentation photo sur le matériel américain à l'époque et pendant la guerre du Pacifique, il pouvait être plus soigneux. A quoi ça rime de dessiner un mauvais modèle d'avion ou de bateau ou de n'importe quoi d'autre, s'il s'agit essentiellement de contourner la censure ? Ou de faire plus spectaculaire ?

Je suis en général quelqu'un de patient, mais là on tourne en rond.
Il ne faut pas s'en tenir strictement à ma dernière intervention, mais à toute la discussion de ce sujet.

Pourquoi Charlier, qui avait tous les moyens documentaires de faire quelque chose de véridique a-t-il fait autant d'erreurs ?

A mon avis, pour une question de temps ; il menait quantité de projets en parallèle, et était sans arrêt en retard pour livrer ses scénarios. Quoi d'étonnant si, faute de temps, il se soit parfois montré expéditif, et qu'il ait à l'occasion bâclé des intrigues. Je ne crois pas que ça le tracassait outre-mesure ; c'était un entertainer avant tout, un scénariste qui écrivait des histoires dans des revues pour enfants, et pas des articles pointus dans des revues techniques pour historiens.
Ce n'est pas du tout péjoratif, son job était d’intéresser et d'amuser, et il a su se montrer extrêmement talentueux dans ce domaine. :jap:

Alors, c'est très bien de relever les erreurs, et personnellement ça m'intéresse ; mais à mon avis c'est hors de propos de lui en porter grief, et de chercher d'autres raisons que celles que j'ai exposées, qui sont plausibles.

La psychologie de Charlier, pour ce que j'en sais, était tout le contraire de celle d'un homme tourmenté ; et je n'ai pas l'impression qu'il se posait beaucoup de questions existentielles (ni n'en avait le temps), ni ne s'arrêtait à des états d'âme tortueux. Pourquoi mentir, alors ? Sans doute par facilité, et parce que ça devait être plus simple ainsi.
En résumé, il allait de l'avant, et basta !
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar JYB » Dim 22 Avr 2018, 10:09

Comme je constate que chacun campe sur ses positions, c'est un dialogue de sourds et on ne s'en sortira jamais, aussi je vais arrêter (si quelqu'un veut en savoir plus, je peux, pour l'anecdote, continuer de décrire les distorsions entre réalité et fiction dans les albums Tarawa ; c'est amusant - si on veut... - et parfois surprenant). Mais je suis aussi très patient et je pourrais (au conditionnel) continuer à dire jusqu'à ma mort que Charlier a fait un coup de bluff déconcertant et malhonnête en affirmant que sa BD est "rigoureusement authentique" et comme un véritable "reportage photographique"
En tout cas, pour résumer mes précédents posts, ce serait bien qu'on cesse d'asséner que cette BD est un documentaire historique, réaliste et authentique. C'est sans doute un formidable récit, épique, raconté par un maître de la narration, etc., mais sûrement pas un véritable documentaire...!

Une petite dernière pour la route, que d'aucuns vont considérer comme juste un détail : tout à la fin de la BD, dans la dernière vignette, au retour du héros à Hawaii une semaine après la reconquête définitive de l'atoll de Tarawa (effective le 23 novembre 1944), un "pavé" de texte dit (c'est le héros, le correspondant de guerre, qui parle) : "Ainsi s'acheva le plus sanglant épisode d'une tragédie qui (etc...). Mais nous venions de faire un pas décisif sur la route qui, par Tokyo, nous menait à la victoire..." Comment, fin novembre 1944, le correspondant savait-il que c'est le plus sanglant épisode de la guerre du Pacifique ? La guerre est loin d'être finie et il y a aura d'autres débarquements sanglants ; il faudra attendre la fin de la guerre pour pouvoir comparer et affirmer que Tarawa fut le plus sanglant de tous... Comment le correspondant savait-il aussi que les Américains allaient à la victoire contre le Japon ? C'était certes en bonne voie, mais il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ; Robert Sherrod le dit bien dans son livre : en tant que correspondant de guerre, il ne savait rien de ce qui se passait, du détail des opérations, il ne savait même pas où on l'envoyait quand il a embarqué dans son bateau pour quelque part dans l'ouest-Pacifique... Le Japon ne capitulera que plus d'un an et demi plus tard, les Américains n'arrivant à Tokyo que mi-septembre 1945, et encore, après le largage, début août, de deux bombes atomiques dont, en 1944, tout le monde ignorait l'existence.
Le texte final à la BD que j'ai reproduit quelques lignes plus haut pouvait être écrit de façon affirmative par Charlier lui-même, dans sa BD en 1948/49, mais pas en faisant parler le héros au lendemain de la reconquête de Tarawa. En 1944, ce n'était même pas la victoire en Europe (qui n'interviendra qu'en mai 1945).

Le livre de Sherrod dont s'était servi (à peu près...) Charlier a été publié aux USA en janvier 1944 (donc moins de deux mois après la reconquête de Tarawa) et, la même année, traduit en français par un organisme de propagande basé à New York, Overseas Editions, Inc., indiquant dans un avertissement : "Cet ouvrage est publié par Overseas Editions, Inc. - association sans but lucratif instituée par le Comité des Livres en temps de guerre - qui se compose d'éditeurs, de bibliothécaires et de libraires. Le seul but de "Overseas Editions, In." est de mettre à la disposition du public étranger des livres américains de date récente, jusqu'au jour où l'industrie du livre aura repris en Europe et en Asie."
Sur la couverture, il y a cette mention : "L'édition américaine de cette ouvrage n'est mise en circulation dans certains pays que jusqu'au jour où les libres publications, suspendues par l'agression des pays de l'Axe, pourront reprendre leur cours normal."
Cela aurait été très utile que Charlier précise tout ça, dans son introduction des albums de 1975 (et même dans l'édition originale de 1951), pour expliquer certaines fausses informations données dans le livre de Sherrod, dues à la censure - cette fois la censure militaire du temps de guerre -, fausses informations que Charlier et Hubinon ont reproduites naïvement, ignorant que ce qu'ils racontaient était faux...(ceci est un un autre aspect de la BD Tarawa dont je n'ai pas parlé, mais je vois que j'ennuie aussi je n'irai pas plus loin, ce qui est dommage car ce dossier "Tarawa" est, on le voit, "à tiroirs", et il y a vraiment beaucoup de choses à raconter, des choses qu'à mon avis ne racontera jamais le dossier d'introduction de la future éventuelle intégrale Tarawa chez Dupuis...).
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar Jean-Louis » Dim 22 Avr 2018, 10:24

JYB a écrit: Mais je suis aussi très patient et je pourrais (au conditionnel) continuer à dire jusqu'à ma mort que Charlier a fait un coup de bluff déconcertant et malhonnête en affirmant que sa BD est "rigoureusement authentique" et comme un véritable "reportage photographique"
En tout cas, pour résumer mes précédents posts, ce serait bien qu'on cesse d'asséner que cette BD est un documentaire historique, réaliste et authentique. C'est sans doute un formidable récit, épique, raconté par un maître de la narration, etc., mais sûrement pas un véritable documentaire...!

Ah mais je crois que tout le monde (du moins tous ceux qui en sont informés) est d'accord sur ce point, et personne ne le nie.
Maintenant, on peut ne s'en tenir qu'au factuel, car les raisons et les motivations de cette 'escroquerie', on a à présent peu de chances de les voir se confirmer, et hélas, Charlier n'est plus là pour s'en expliquer... :deso:
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar poopie » Dim 22 Avr 2018, 10:27

JYB a écrit:continuer à dire jusqu'à ma mort que Charlier a fait un coup de bluff déconcertant et malhonnête en affirmant que sa BD est "rigoureusement authentique" et comme un véritable "reportage photographique"


errare humanum est.

Certaines adaptations ou relectures sont souvent nécessaires à la création d'un scénario.
Pour exemples tu trouveras aussi beaucoup de fantaisies dans l'histoire de France en BD de la rouquemoute.
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar Jean-Louis » Dim 22 Avr 2018, 10:36

Mais il n'y a pas d'erreur. Tout comme JYB, je suis persuadé que Charlier savait pertinemment qu'il racontait des carabistouilles, en présentant son récit comme rigoureusement authentique. :D
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar poopie » Dim 22 Avr 2018, 10:58

Jean-Louis a écrit:Tout comme JYB, je suis persuadé que Charlier savait pertinemment qu'il racontait des carabistouilles, en présentant son récit comme rigoureusement authentique. :D

C'est une évidence.
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar nano » Dim 22 Avr 2018, 11:37

JYB a écrit:...(si quelqu'un veut en savoir plus, je peux, pour l'anecdote, continuer de décrire les distorsions entre réalité et fiction dans les albums Tarawa ; c'est amusant - si on veut... - et parfois surprenant).


Ben moi, je l'ai déjà dit plus haut.
Je compte pour du beurre, merci!!!
C'est pourtant utile en la matière. J'ai savouré le dernier ana(l)chronisme du "correspondant" de ton dernier message.


JYB a écrit:Mais je suis aussi très patient et je pourrais (au conditionnel) continuer à dire jusqu'à ma mort que Charlier a fait un coup de bluff déconcertant et malhonnête en affirmant que sa BD est "rigoureusement authentique" et comme un véritable "reportage photographique"


Le conditionnel est important. Si tu pars après un Alzheimer, les quelques années qui précèdent t'empêcheront de mener cette croisade jusqu'à ton terme.

J'attends la suite. :jap:

poopie a écrit:
Jean-Louis a écrit:Tout comme JYB, je suis persuadé que Charlier savait pertinemment qu'il racontait des carabistouilles, en présentant son récit comme rigoureusement authentique. :D

C'est une évidence.


Pour moi de moins en moins. Il n'y a aucune raison que Charlier le sache et qu'il maintienne ces "carabistouilles". On a vu avec les différentes interventions de JYB qu'il n'y avait pas gain de temps et que le récit affiché comme authentique n'avait nullement besoin d'être romancé pour gagner en intérêt.

Je place, à ce stade de la discussion, le manque de rigueur de Charlier comme élément explicatif.
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar BDFan » Dim 22 Avr 2018, 12:18

Etant un grand fan également de Monsieur Jean-Michel Charlier, je viens ajouter ma contribution.
Enfant je croyais tout ce que je lisais. Monsieur Charlier, lui, en plus, mettait des schémas dans Barbe-Rouge pour expliquer telle fonctionnement du navire, dans Tanguy et Laverdure et Buck Danny pour expliquer tels donctionnements d'avions. Pourquoi ne l'aurais-je pas cru ?

Depuis que lis Monsieur Brouard sur son site, son blog sur BDGest et maintenant ici, et bien je navigue entre étonnement, découverte et déception.
Merci à Monsieur Brouard de nous sortir du brouillard :wink: .
Mais quelque part si il n'avait pas soulevé le tapis, je n'aurais rien su de plus et je continuerai à croire les belles histoires de l'Oncle... Charlier.

Concernant l'histoire de Tarawa vous avez tous émis des réponses pouvant être de bonnes raisons mais :
-lorsque l'on écrit que Charlier était débordé et donc allé au plus vite sans se soucier de vérifier toute la vérité, je réponds que l'histoire est sortie en 1948 comme nous l'a si bien reprécisé Bob. A cette époque JM Charlier n'était pas sur plusieurs fronts avec autant de série qui viendront par la suite. Ne parlons pas de télévision et de cinéma qui viendront bien plus tard. Donc, le temps, il l'avait,
-c'est là qu'intervient un autre point de vue : même si il avait le temps, le but, surtout dans cette période d'après-guerre, était de divertir la jeunesse avec des histoires dessinées et non pas de sortir un livre racontant une des nombreuses histoires de cette tragique période,
-la censure ? C'est une bonne idée proposait par Jean-Louis. Ce serait une bonne raison en 1948 mais alors pourquoi continuer à prétendre qu'il s'agit d'une histoire véridique en 1975 ? Là je pense que la réponse est simple : à cette période, JM Charlier avait, cette fois, énormément de projets en même temps et donc lui demander de passer du temps, ne serait-ce que pour une simple relecture d'un travail existant, juste pour une ré-édition, pouvait très bien ne pas être considéré comme indispensable au Maître. L'éditeur souhaite seulement pouvoir sortir 2 albums ? "Voir avec le dessinateur pour agrandir quelques cases ici ou là, je n'ai pas le temps." Cette réponse, comme de nombreuses autres est plausible.
-L'éditeur, en 1975, se préoccupe-t-il de l'exactitude ou des ventes ? Lorsque l'on voit, pour ne citer qu'elle, l'intégrale de Tanguy et Laverdure : il a fallut attendre une troisième édition de cette intégrale pour voir celle-ci complète par rapport aux cases manquantes de certaines histoires, de certaines corrections. Sachant que de très nombreuses corrections ne sont pas faites malgré le signalement de celles-ci, que l'éditeur a le temps de corriger quelques fautes d'orthographes facilement aujourd'hui, il ne faut pas s'étonner qu'en 1975 "on" ne soit pas allé chercher plus loin.

Nous ne saurons jamais l'exactitude. Cependant, la censure en 1948 puis l'impossibilité de s'occuper d'une nouvelle édition (par rapport à des nouveaux albums et autres projets) pourraient être des explications que j'accepterais.
Lire une BD c'est déjà lire !
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar JYB » Dim 22 Avr 2018, 13:26

BDFan a écrit:Depuis que lis Monsieur Brouard sur son site, son blog sur BDGest et maintenant ici, et bien je navigue entre étonnement, découverte et déception.
Merci à Monsieur Brouard de nous sortir du brouillard :wink: .
Merci, mais ce n'est pas la peine de me donner du "Monsieur Brouard".....

BDFan a écrit:-lorsque l'on écrit que Charlier était débordé et donc allé au plus vite sans se soucier de vérifier toute la vérité, je réponds que l'histoire est sortie en 1948 comme nous l'a si bien reprécisé Bob. A cette époque JM Charlier n'était pas sur plusieurs fronts avec autant de série qui viendront par la suite. Ne parlons pas de télévision et de cinéma qui viendront bien plus tard. Donc, le temps, il l'avait,
Je pense que Charlier n'avait pas plus de temps que dans d'autres périodes. A l'époque (1948/1949), il s'occupait de plusieurs choses en même temps. Des BD dont il dessinait lui-même la partie technique (avions, bateaux,...), ce qui fait qu'il écrivait les scénarios + il dessinait une partie des dessins : Buck Danny (deux planches par semaine dans Spirou), Tarawa (une planche chaque semaine dans Le Moustique) et Joë La Tornade (idem, dans Bimbo). Déjà, rien que ça, ça prend du temps. Mais en plus, il publiait des textes (fiches aviation et/ou marine dans les mêmes journaux, dont il faisait les dessins, parfois des écorchés ou des plans détaillés), et de temps en temps des petites nouvelles sur deux pages (dans Spirou principalement), que souvent il illustrait lui-même d'un grand et d'un petit dessin.
Mais en plus, il était pilote professionnel (à partir de l'été 1948 justement) ; il a raconté dans une interview qu'en gros il travaillait à fond sur la BD pendant quatre jours, du lundi au jeudi inclus, et le week-end (du vendredi au dimanche), il faisait du travail aérien (rallyes, baptêmes de l'air, largages de journaux à des villages isolés, remorquages de banderoles publicitaires, etc).
Pour illustrer le problème, je reprends ici le fameux dicton : "Qui trop embrasse, mal étreint". A trop en faire, il ne pouvait pas tout bien faire, et ceci a caractérisé toute sa carrière jusqu'à son décès.

BDFan a écrit:-c'est là qu'intervient un autre point de vue : même si il avait le temps, le but, surtout dans cette période d'après-guerre, était de divertir la jeunesse avec des histoires dessinées et non pas de sortir un livre racontant une des nombreuses histoires de cette tragique période,
Je suis persuadé que Charlier avait sincèrement l'intention de réaliser une BD documentée, pour divertir certes ses lecteurs, mais aussi (et surtout) pour les informer sur un fait de guerre remarquable. Il n'y a rien d'impossible ni d'incompatible à réunir ces deux aspects dans une même BD. Ce que je ne comprends pas, c'est qu'il se soit compliqué la vie à inventer des choses qui n'existent pas et qui, je l'ai déjà dit plus haut, n'apportent rien de plus à l'aspect spectaculaire, alors que le livre de Robert Sherrod (la "Bible" de référence dont Charlier et Hubinon ont reconnu qu'ils l'ont adaptée) était suffisant en lui-même pour présenter un truc épique, avec, dedans, toutes les infos nécessaires. Pourquoi Charlier, dans son scénario, a-t-il donné d'autres infos (souvent fausses)...? Mystère.
Un exemple parmi d'autres (que je n'ai pas déjà donnés) : dans la BD, la base navale où la flotte d'invasion de Tarawa fait une escale préparatoire est baptisée X-33. On devine que c'est un archipel quelconque sur la route entre Hawaii et Tarawa (ça doit être Baker Island). Dans le livre de Sherrod, elle est simplement baptisée X (parce que - je le devine aisément - le livre de Sherrod étant publié peu après l'affaire, en janvier 1944, la guerre était loin d'être terminée, on n'allait pas indiquer en clair le nom véritable de la base américaine, au risque que ce nom tombe sous les yeux des Japonais et de leurs agents...). Pourquoi Charlier l'a-t-il baptisée X-33 ?? Serait-ce parce que c'est le nom de code des Dupont et Dupond dans Tintin, dans la première histoire où ils apparaissent ? Clin d'oeil à Tintin, donc. Mais pas rigueur historique... Il suffisait que Charlier écrive "base secrète", par exemple. Soit dit en passant, le nom de l'archipel X était connu après la guerre, il n'y avait plus de raison de le cacher ; donc, quand Charlier a réalisé sa BD en 1948, je suis persuadé qu'il n'aurait pas eu de mal à retrouver ce nom et à le donner en clair dans la BD. On va me rétorquer que c'est facile de dire, aujourd'hui en 2018, que le nom de la base secrète est trouvable, mais à l'époque, sans Internet, on peut se douter que ce n'était pas facile du tout... Or, dans l'album Les Japs attaquent, le premier album de Buck Danny publié en 1949 justement, comment se fait-il que Charlier ait pu publier des cartes montrant le mouvement des Task Forces américaines dans le Pacifique, en désignant en clair les îles ?
Un autre exemple (encore non cité dans mes précédents posts) : dans le livre de Sherrod, il est écrit très clairement que les premiers avions à se poser sur la piste de l'aérodrome libéré de Betio (Tarawa) sont des F6F (des Hellcat, quoi ; avions très connus). Charlier les a lui-même dessinés à de nombreuses reprises dans Buck Danny à la même époque, il connaissait ! Pourquoi, dans la case montrant l'atterrissage des premiers avions, à la fin de la BD, Charlier a-t-il dessiné à la place un Corsair ? Il n'y a rien de spectaculaire à montrer plutôt un Corsair qu'un Hellcat, alors pourquoi ne pas suivre l'indication du livre s'il faut être "rigoureusement exact" ??

BDFan a écrit:-L'éditeur, en 1975, se préoccupe-t-il de l'exactitude ou des ventes ? Lorsque l'on voit, pour ne citer qu'elle, l'intégrale de Tanguy et Laverdure : il a fallut attendre une troisième édition de cette intégrale pour voir celle-ci complète par rapport aux cases manquantes de certaines histoires, de certaines corrections. Sachant que de très nombreuses corrections ne sont pas faites malgré le signalement de celles-ci, que l'éditeur a le temps de corriger quelques fautes d'orthographes facilement aujourd'hui, il ne faut pas s'étonner qu'en 1975 "on" ne soit pas allé chercher plus loin.
Pour élaborer la réédition de 1975 de Tarawa, il y avait un moyen simple : confier à un historien professionnel de la guerre du Pacifique, le soin d'écrire la préface, de choisir les photos illustrant les pages (voir ce que j'en ai dit), et de relire la BD pour corriger ce qui était corrigeable. Sauf que... la révélation de toutes les erreurs aurait mis à mal le crédit de Charlier... Il valait mieux que Charlier se charge lui-même du boulot et de continuer de faire croire à ses lecteurs que tout est vrai...
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar poopie » Dim 22 Avr 2018, 21:05

nano a écrit:Je place, à ce stade de la discussion, le manque de rigueur de Charlier comme élément explicatif.


Il est difficile de revenir sur ses erreurs et d'accepter le fait qu'on s'est égaré dans un récit historique, il ne faut pas oublier que c'est le fond de commerce de Charlier.
Admettre que le récit est fantaisiste et prend des libertés remet directement en cause la rigueur commerciale de l'auteur.

Quoi qu'il en soi ce sujet est passionnant.
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar JYB » Dim 22 Avr 2018, 22:51

Entre-temps, j'ai interrogé un ami spécialiste de la marine militaire pendant la Seconde guerre mondiale, sur la possibilité qu'un officier américain ayant participé au débarquement de Sicile en juillet 1943 puisse être peu après au débarquement de Tarawa. Ceci pour répondre à la (juste) question de Lord Foxhole qui se demandait, ici même, comment ça se faisait qu'un Marine puisse être aux deux débarquements, d'un bout à l'autre de la planète, selon ce qu'on a appris en lisant la BD de Charlier et Hubinon.
L'ami en question a découvert des choses qu'il ignorait, et pas du premier coup car il a fallu que je le relance avec des questions précises... En effet, des bateaux - et donc tout ou partie de leurs équipages - se sont retrouvés à Tarawa alors qu'ils étaient auparavant en secteur méditerranéen.
Ceci nous a beaucoup surpris car a priori, c'était impossible, les flottes "Pacifique" et "Atlantique" n'ayant rien à voir l'une avec l'autre. Or, il s'est trouvé que les débarquements dans l'ouest-Pacifique ont demandé la participation de tant de bateaux qu'en particulier six transports de troupes qui se trouvaient en Méditerranée furent présents sur les deux théâtres d'opérations. L'un par exemple, le Monrovia (il fait bien partie de la flotte de débarquement à Tarawa), était au débarquement de Sicile dès le 10 juillet 1943, et qui plus est, comme bâtiment de commandement. Or, deux jours après, il a été la cible d'une attaque aérienne allemande ; des bombes ayant explosé près de lui ont provoqué des dégâts dans la salle des machines. Du coup, il a fallu envoyer le Monrovia en réparations provisoires à Alger. Puis, pour mener des réparations plus complètes, on l'a envoyé aux USA. Quitte à faire le trajet transatlantique et vu que c'est un transport, on a mis à bord un groupe de prisonniers de guerre italiens.
Une fois aux USA et une fois réparé, on l'a envoyé dans le secteur du Pacfique, via la Nouvelle-Zélande.
Il y avait donc 5 autres bateaux, qui ont chacun leur parcours hors normes et dont l'ami shiplover m'a communiqué les noms, mais j'ai focalisé sur le Monrovia car par recoupements, il y a des chances que ce soit lui qui soit concerné.
Ainsi, c'est non seulement possible, mais c'est même sûr à 100%, que des officiers ayant "fait" la Sicile se soient retrouvés à Tarawa.
Tout ce que je raconte, c'est presque regrettable que Charlier ne l'ait pas su à l'époque car cela aurait fait quelques images, voire une page ou deux, pour le raconter et l'inclure à sa BD, ça me paraît fort intéressant et pas connu. C'est l'histoire dans l'Histoire. Mais je reconnais qu'en 1948, c'était difficile de savoir tout ça.

A noter, pour rester sur cette affaire d'un officier de marine qui dit avoir participé au débarquement de Sicile, que dans le livre de Sherrod, la scène se passe le matin du 3e jour de l'attaque, à 7 heures (le récit de Sherrod est parfois - pas tout le temps - ponctué par les heures qui passent). Or, si on regarde la BD de Charlier, on dirait que la scène se déroule en fin d'après-midi ou le soir. Certes, ça ne change rien à la scène, mais voilà une nouvelle distorsion par rapport à la réalité rapportée par le correspondant de guerre. Dans son livre, Sherrod indique à un endroit, en citant la principale île sur laquelle il se trouve parmi l'archipel de Tarawa :
"Voici la façon dont j'ai noté ce que j'ai vu à Bétio le troisième jour.
6 heures. Les contre-torpilleurs ouvrent le feu
" (etc.). Et le reste de la journée est ainsi égrené : 7 heures, 7 heures 30, 8 heures, etc., avec, à chaque plage horaire, son lot d'anecdotes et de souvenirs. Il n'était pas possible, comme l'a fait Charlier sans raison apparente, de mélanger l'ordre des scènes.
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Re: Tarawa atoll sanglant

Messagepar JYB » Mar 24 Avr 2018, 10:32

Pour nano en particulier, qui disait qu'il comptait pour du beurre alors que je disais vouloir arrêter de raconter d'autres anecdotes qu'il aurait, lui, voulu lire...

Dans l'album Tarawa de Charlier et Hubinon, on voit à un moment que les héros découvrent des poulets, sur l'île en train d'être reconquise pied à pied. Ils en profitent pour en tuer un et le faire cuire. C'est alors que d'autres soldats arrivent, voient ça, font croire qu'ils font partie du service d'hygiène de la troupe et emportent le poulet pour l'analyser. En fait, les nouveaux venus ont pris le poulet pour le dévorer tranquillement dans leur petit campement. Les héros, découvrant ça, disent qu'ils se sont fait avoir.
En lisant cette scène dans la BD, et en la relisant au fil des années, j'ai à chaque fois été un peu choqué que des soldats américains aient pu faire un coup pareil à d'autres soldats américains, dans de telles circonstances dramatiques. Mais je me disais que ça devait quand même être vrai, puisque Charlier affirmait en introduction que tout était vrai...

Et j'ai donc cherché la scène dans le livre de Robert Sherrod, le témoin qui a rapporté plein de faits vécus sur place par lui. Eh bien, il n'y a rien de tout ça dans le livre ! Il y a certes (dans le témoignage de Sherrod) la découverte de poules et même de deux canards, mais il n'y a pas du tout la farce montée par d'autres soldats et montrée dans la BD. Les circonstances qui conduisent à la découverte des poulets est également différente dans la réalité racontée par Sherrod ; Charlier a totalement inventé ce qui est autour de la découverte des poules (des poules qui - dans la BD - sortent vivantes d'un blockhaus dans lequel les Marines viennent de faire exploser des grenades pour tuer les Japonais enfermés à l'intérieur...). Sherrod ne dit pas non plus que les soldats ont mangé les poulets, même si on peut le supposer, ce qu'a fait Charlier en inventant cette scène autour d'une poule volée par la ruse par d'autres soldats.
Ainsi, non seulement je considère que Charlier a ajouté une scène qu'on aurait pu voir de préférence, comme un gag, dans un album des Castors, quand des scouts d'une patrouille font une farce à des scouts d'une autre patrouille, autour du feu de camp, mais en plus, je lis dans le livre de Sherrod qu'au contraire, entre les soldats américains réellement affamés (Sherrod dit à un moment qu'il n'a pas mangé depuis 2 jours), il y a de la solidarité entre les Américains. Tous se serrent les coudes, font preuve d'abnégation et d'humanité, et chacun aide du mieux qu'il peut son voisin en difficulté. Ce qui me paraît normal.
Il y a donc un détournement que j'ose qualifier de détestable, par Charlier, de l'esprit de solidarité des marines se battant dans les pires conditions sur "l'atoll sanglant". Lequel Charlier, je le rappelle, disait que tout dans sa BD était rigoureusement authentique et rapporté d'après des témoins directs...

Un truc curieux aussi : je n'ai pas lu une seule fois dans le livre de Sherrod les expressions racistes "Faces de prune", "Faces de citron" et autres joyeusetés du même tonneau qu'on lit à tout bout de champ dans la BD de Charlier... Sans doute que ça a été dit dans la réalité ; mais dans le livre, non. Pourtant le livre est sorti en pleine guerre et les Américains étaient alors très remontés contre les Japonais. Mais dans le livre, ni dans les propos de Sherrod, ni dans les propos de soldats rapportés par Sherrod, il n'y a ces expressions racistes. Il y a certes des expressions dures contre les Japonais qu'on n'arrive pas à déloger ni à faire abdiquer. Par exemple : "Ces salauds-là", je l'ai lu dans le livre, deux ou trois fois. J'ai lu aussi une seule fois l'expression qualifiant des Japonais enfermés dans un bunker : "Ces infectes cancrelats". Mais c'est le genre d'expression assez compréhensible qui pourrait être dite par n'importe quel soldat au sujet d'un ennemi contre lequel il se bat difficilement, dans n'importe quelle guerre à n'importe quelle époque.
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