Futura - Le fantastique chez Lug

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De Blek le Roc à Akim en passant par Tex Willer, Mister No ou Zagor, c'est ici que ça se passe !!

Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:26

FUTURA

Brigade temporelle - Larry Cannon
Jaleb le télépathe – L’Autre


du n° 1 (10 août 1972) au n° 33 (10 avril 1975)


- Jaleb le télépathe
n° 1 à 18
scénario de Claude-Jacques Legrand
dessins d'Annibale Casabianca (n° 1 à 16), puis Yves Chantereau

- Homicron
n° 1 à 8
dessins de Lina Buffolente (n° 1 et 2), puis Paolo Morisi

- Brigade temporelle
n° 1 à 10 - n° 19 à 26
scénario de Claude-Jacques Legrand
dessins d'Edmundo Ripoli

- Aster
n° 11 à 13
dessins d'Annibale Casabianca

- L'Autre
n° 11 à 18
scénario de Franco Frescura
dessins de Luciano Bernasconi

- Larry Cannon
n° 19 à 30
scénario de Claude-Jacques Legrand
dessins d'Annibale Casabianca (n° 19 à 21, 24, 25, 28 à 30) ou Yves Chantereau

- Jeff Sullivan
n° 27 à 33
scénario de Claude-Jacques Legrand
dessins de Luciano Bernasconi

- Bob Lance
n° 31
scénario de Pier Carpi
dessins de Luciano Bernasconi

- Sybilla
n° 32 à 33
scénario de Pier Carpi
dessins de Luciano Bernasconi


Bibliographie établie par Gérard Thomassian.
Voir l'Encyclopédie des bandes dessinées de petit format tome 2, p. 129 et 207 (Bob Lance) et p. 141 (autres séries).
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:27

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ditions_Lug
http://hb.pf.free.fr/
http://www.comics-lug.com/les-editions-lug.php


Après leur fondation au début des années 1950 par Auguste Vistel et Marcel Navarro, les éditions Lug se caractérisent dans un premier temps par la publication de bandes dessinées appartenant à des genres traditionnels, et en premier lieu le western, éminemment représenté avec des titres comme Plutos, Tex, Rodéo, Pampa, Fox, Kiwi, Davy Crockett devenu plus tard Hondo, Nevada, Flambo, Yuma, Blek, Ombrax, Mustang, Yampa et quelques autres.
La plupart de ces séries contiennent des traductions de collections italiennes que viennent compléter quelques bandes originales, de provenance italienne elles aussi, mais produites spécialement pour l'édition française.

D'autres titres relèvent du genre humoristique : Pipo, Pim Pam Poum, et aussi Kiwi ; si cette dernière collection est célèbre pour les récits du Petit Trappeur et de Blek le Roc qu'elle contient, elle porte toutefois le nom d'un personnage comique.
Pipo et la brève publication Jeunesse sélection cumulent les genres en diffusant des westerns humoristiques.

De son côté, le titre Zembla présente l'un des nombreux personnages inspirés de Tarzan.
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:27

A la fin des années 1960, il se passe des choses. Les éditions Lug entreprennent la parution française des récits des tonitruants super-héros de la maison d'édition américaine Marvel.

Une édition francophone en noir et blanc existait déjà, mais publiée par les éditions Héritage à Saint-Jean, au Québec, et non diffusée en France.
Ces fascicules précisent la mention "En français" sur la couverture.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_%C3%8 ... 3%A9ritage
http://comicbookdb.com/publisher.php?ID=925
http://www.jacqueslacerte.com/editons_heritage.ws

Heritage1.JPG
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Héritage2.jpg

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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:28

En février 1969 paraît donc le n° 1 du célèbre Fantask, révélant au public français des personnages légendaires, Fantastic Four, Spiderman, Silver Surfer.
Le titre est assassiné par la censure sept mois plus tard.

Fantask1.jpg

Strange reprend le flambeau en janvier de l'année suivante.
Marvel, né en avril, ne connaîtra, à l'image de Fantask, qu'une brève existence de treize numéros, lui aussi sacrifié par une infatigable censure française résolument fidèle à sa réputation sanguinaire.

strange.jpg

marvel.jpg


Mais en dépit de ces vicissitudes premières, le genre "super-héros" s'implante durablement en France, avec le mensuel Strange auquel viennent s'adjoindre Spécial Strange cinq ans plus tard, ensuite Titans, Nova, Spidey, Conan, ainsi que des collections d'albums tels Les Fantastiques, L'Araignée ou Les étranges X-Men, et d'autre part des publications Arédit-Artima.

Aujourd'hui, ces récits sont désormais banalisés, devenus un véritable phénomène populaire, omniprésents ; les récits de super-héros représentent une nouvelle norme, constituent un genre désormais traditionnel au même titre que les westerns des années 1950 et 60 qu'ils ont en quelque sorte progressivement remplacés.
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:28

A côté de ces bandes dessinées de configuration relativement routinière, les éditions Lug ont testé quelques créations plus originales.

Les bandes véritablement de science-fiction sont rares : les douze fascicules du titre Dan Dair, reprise d'un classique de la science-fiction anglaise ; les trois épisodes d'Ace O'Hara figurant dans Plutos (n° 22 et 23).

http://hb.pf.free.fr/site/dandair/revuedef.htm
https://www.bedetheque.com/serie-19509- ... r-Lug.html
http://www.comicbd.fr/Se-Dan-Dair.html
http://cdbd-disparues.over-blog.com/tag/dan%20dair/

Dan1.jpg

Dan2.jpg


Plutos.jpg
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:28

Kiwi n° 1 inaugure la création d'un récit de Marcel Navarro et Antonio De Vito, "Le petit duc", "fascinante, insolite, (...) la série la plus mythique des petits formats (...) baroque et fantasmagorique" avec son "univers étrange et crépusculaire, sans nul équivalent dans l'histoire de la bande dessinée" pour citer Gérard Thomassian.

Voir article dans Kiwi n° 540 p. 92 à 94, et l’étude de Gérard Thomassian ici :
http://www.fantasmak.com/editions/Devita.pdf
https://www.bd-anciennes.com/blog/mirko ... o-de-vita/

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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:29

http://www.comicbd.fr/Ep-Gun-Gallon.html

Incursion dans la chevalerie fantastique, Gun Gallon, publié dans Zembla, me paraît être un exemple illustrant une loi qui, selon moi, voudrait que les récits complémentaires valent parfois mieux que la série principale donnant son titre à une collection.

Zemb.jpg


Un jeune homme aux cheveux blancs et le nain de cirque Milord parviennent, à la suite d'un naufrage, dans une île rocheuse entourée de montagnes abruptes.
S'avançant à l'intérieur des terres, ils découvrent un vaste lieu de féerie à la flore et à la faune extravagantes, le "monde à l'envers".
Dans cette mosaïque de vallées et de royaumes, les ingrédients des récits traditionnels de chevalerie se mêlent aux fantaisies les plus débridées, mettant en scène des populations d'animaux fabuleux et de "presqu'humains", cyclopes, hommes-poissons, diables cornus, arbres-serpents, chevaux à tête d'aigle ou hippocampes terrestres.

Les trames du scénariste Veronese, jouant le plus souvent sur des intrigues de cour et des complots, sont très riches. La peinture de ce monde aux paysages fantasmagoriques, due à la dessinatrice Lina Buffolente, est tout autant digne d'attention.

gun3.jpg

gun1.gif

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gun2.gif (28 Kio) Vu 214 fois
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:29

Plus décapant, commençant sa publication un mois après Fantask, Wampus constitue l'une des grandes étrangetés de l'histoire de la bande dessinée.

Wampus1.jpg


Créé par l'éditeur Marcel Navarro, le scénariste Franco Frescura et le dessinateur Luciano Bernasconi, Wampus est un bien curieux météore traversant le ciel de la respectueuse maison d’édition Lug, cas unique contrastant avec toutes les publications antérieures de cette société d'édition.

"Wampus, être maléfique venu d'une lointaine galaxie, a pour mission de détruire la civilisation humaine" annonce le préambule du deuxième épisode (Wampus n° 2 p. 3).
Ce personnage au physique déconcertant est animé d’une véritable rage qui le pousse à exterminer le plus grand nombre d’humains. Il se dit "l’ennemi juré de la Terre et de ses habitants" (n° 1 p.44). "Parce que le mal en soi-même, de par lui-même, est mon unique but" (n° 5 p. 49).

https://www.bedetheque.com/serie-3489-BD-Wampus.html
https://www.bd-anciennes.com/blog/wampu ... l-navarro/
http://www.comics-lug.com/wampus-de-navarro.php


Contrairement aux personnages néfastes classiques du cinéma, de la bande dessinée et de la littérature populaire, Wampus n'obéit à aucun intérêt personnel particulier. Il est l'instrument d'une entité, le Grand Mental, "figure géométrique immatérielle" projetée depuis une étoile (première apparition : Wampus n° 2 p. 38), qui le commande et le dirige. Wampus exerce alors, sous ce contrôle, le mal d'une façon que l'on pourrait qualifier de "désintéressée", comme un devoir, mais toutefois avec passion et même exaltation. "Hommes ! Ce n’est que le commencement de la fin ! Wampus porte en lui le message de l’esprit des ténèbres, car les horreurs de l’apocalypse vont s’abattre sur vos têtes chétives" (n° 1 p. 51). Nous n’avons par conséquent pas affaire à un simple fonctionnaire remplissant seulement avec application professionnelle son office.
En revanche, nous ne savons rien des avantages que Le Grand Mental est censé tirer des exactions de son émissaire. Wampus lui-même aime faire le mal, mais son dieu, le Grand Mental, supposé apprécier cela lui aussi puisque Wampus en est l'instrument, de son côté ne le manifeste pas et ne semble tirer aucune sorte d'avantage des exactions de son envoyé.
Quel bénéfice un être tout-puissant peut-il tirer du fait qu’un adorateur tue en son nom ?

Remarquons que le scénariste paraît s’être lui-même emmêlé les pinceaux. Car Wampus se permet ensuite de juger l’humanité : "Il y a tant de mal, tant de férocité à New-York que mon œuvre pourrait paraître inutile (n° 3 p. 15). "Les milliers de ruisselets au milieu desquels se perd la méchanceté humaine formeront un fleuve unique, profond et impétueux, un déluge qui balaiera les ultimes et vacillantes velléités du bien, recouvrant de fange les ambitions et la civilisation même de l’homme" (n° 3 p. 16).
Ce qui donne dans le dernier épisode : "Enfin je te reconnais, humanité ! Enfin, je sais pourquoi tu dois être détruite !" (Ombrax n° 231 p. 124). Ce qui entre plus ou moins en contradiction avec la déclaration précédemment citée : "Parce que le mal en soi-même, de par lui-même, est mon unique but" (n° 5 p. 49).
Franco Frescura semble donc avoir fini par ne plus tout à fait se retrouver dans cette problématique du mal qu’il a invoquée. Est-ce volontairement qu’il a ainsi choisi de transformer un envoyé d’une expression du mal cherchant à répandre le mal pour en faire plus loin une sorte de justicier voulant éradiquer le mal ???

Wampus2.jpg

wampus3.jpg


Quoi qu’il en soit, cette série n’a pas manqué d’être rapidement sacrifiée par la vigilante censure le même mois que Fantask. Le septième et dernier épisode sera publié ultérieurement dans Ombrax avec la réédition des précédents.
(Notons que, dans certains comptes-rendus, il est écrit que Wampus est sur Terre pour préparer une invasion. C’est tout à fait inexact, et c’est plus fade. Ainsi :
http://deedoolife.blogspot.fr/2011/09/a ... ampus.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Wampus )

Wampus5.jpg
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:29

https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Myst%C3%A8re
https://www.bedetheque.com/serie-2290-B ... stere.html

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Martin1.jpg (10.88 Kio) Vu 210 fois

En 1983, le titre Ombrax amorce la publication d'une bande dessinée italienne mythique, Martin Mystère, des éditions Bonelli.
Ce personnage apparaît quatre ans plus tard dans deux numéros d'un fascicule portant son nom, collection immédiatement interrompue pour ventes insuffisantes.
Six albums, présentant chacun trois récits, sortiront aux éditions Glénat, ainsi que trois autres chez deux autres éditeurs.

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Martin Mystère ne cesse de parcourir le monde à la recherche de secrets archéologiques liés à un passé inconnu de la terre, suggérant l'existence ancienne de civilisations très développées et disparues (Atlantide, Mu) et la visite d'extra-terrestres dans des temps reculés.
Objets et lieux légendaires, êtres extraordinaires, initiés, placent la série sous la double enseigne du fantastique et de la science-fiction, avec un recours d'une part à des sujets traditionnels et ancestraux (la mort, les esprits, la sorcellerie), et d'autre part à des problématiques plus récentes (pluralité des mondes habités, failles spatio-temporelles, hibernation...).

Martin4.jpg

Les auteurs tâchent de fournir des justifications rationnelles, scientifiques ou science-fictives, à des mythes et légendes : l'épée du roi Arthur, l'arche de Noé, le déluge, la tour de Babel.
Ils tentent en outre d'expliquer des événements historiques, ou préhistoriques, comme la fin des néandertaliens, l'essor de la civilisation égyptienne, la naissance de la société étrusque, l'origine de Stonehenge.

Je signale un récit en deux parties en hommage à Howard Philipps Lovecraft, "Horreur à Providence" et "La maison du bout du monde" (Ombrax n° 214 et 215).

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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:30

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dylan_Dog
https://www.bedetheque.com/serie-45866- ... lenat.html
https://www.bedetheque.com/serie-4016-B ... ction.html
http://www.editionsmosquito.com/serie.php?id=17

Autre grande création mythique des éditions italiennes Bonelli, Dylan Dog traverse fugitivement le ciel des éditions Lug le temps de deux fascicules publiés les mêmes mois que les deux fascicules Martin Mystère.
Là aussi, six albums, présentant chacun trois récits, sortiront heureusement aux éditions Glénat, et plus tard quelques autres chez divers éditeurs.

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Enquêteur du surnaturel, "chasseur de monstres, détective du cauchemar", le protagoniste de cette bande dessinée jouit d'un prestige exceptionnel en Italie.
Ce succès paraît dû autant à la thématique utilisant tout le catalogue des sujets de la littérature et de la cinématographie de l'étrange ; à l'exploitation systématique de références tirées de l'imagerie récente, empruntant indifféremment au cinéma, à la peinture, à la bande dessinée, à la poésie, au roman, attribuant les traits de Janet Leigh (Psychose d'Alfred Hitchcock) à tel personnage, ceux de Cary Grant, de Charles Bronson et de Burt Lancaster à tels autres, reprenant des costumes du groupe musical The Residents, des gags de Buster Keaton ou des scènes de 2001, citant Cocteau, animant des tableaux d'Edward Hopper ou de René Magritte, adaptant George Romero, H.G. Wells, Daniel Keyes ou Stephen King ; et à des effets de structures non linéaires mêlant présent, passé, pensées, souvenirs, imaginaire, rêves, cinéma, théâtre, télévision, bande dessinée, fantasmes et futurs qui auraient pu advenir, dans des constructions à tiroirs mêlant divers plans de "réalité", ou plutôt de langage, dans des entrelacs souvent inextricables, un peu à la manière du film de Pietro Germi Divorce à l'italienne (1962) dans lequel le personnage incarné par Marcello Mastroianni va au cinéma voir La Dolce Vita de Federico Fellini (1959) dans lequel joue... Marcello Mastroianni.

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Trait intéressant à noter, Dylan Dog ne correspond guère à la figure usuelle du héros de récits "populaires". Bien souvent, ses "enquêtes" s'achèvent d'elles-mêmes ou sous l'influence d'une intervention extérieure plutôt que grâce à ses "talents" de détective, donc sans qu'il ait résolu, et même parfois compris, quelque chose.

J’établirais sur ce point un parallèle avec Umberto Eco qui, à propos de son livre Le nom de la rose, a écrit : "Il s'agit d'un roman policier où l'on ne découvre presque rien et où le détective est tenu en échec".
Autre exemple, je ferais également un rapprochement avec Le fantôme vert de Giovanni De Leo et Gallieno Ferri (Humo n° 2 à 7 ou Fantasia n° 45, 46), dans lequel les policiers se révèlent inefficaces et la clef de l'énigme est acquise par hasard grâce aux bavardages d'un éthylique et de sa fille.
Je pense à André Malraux qui, en 1949, ouvrait sa mémorable préface à Sanctuaire de William Faulkner avec ces lignes : "Faulkner sait fort bien que les détectives n'existent pas ; que la police ne relève ni de la psychologie ni de la perspicacité, mais bien de la délation; et que ce n'est point Moustachu ni Tapinois, modestes penseurs du Quai des Orfèvres, qui font prendre le meurtrier en fuite, mais la police des garnis ; car il suffit de lire les mémoires des chefs de police pour voir que l'illumination psychologique n'est pas le fort de ces personnes, et qu'une "bonne police" est une police qui a su mieux qu'une autre organiser ses indicateurs."
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:30

https://fr.wikipedia.org/wiki/Futura
https://www.bedetheque.com/serie-3603-B ... e-LUG.html
https://www.bdovore.com/serie-bd-3051-f ... tit-format
http://hb.pf.free.fr/site/futura/revuedef.htm

Futura

Au début de la période de triomphe des récits de super-héros - les ventes de Strange battent leur plein, Fantask et Marvel ont été des succès avant leur interdiction, Spécial Strange, Titans, Nova, les collections d'albums Les Fantastiques ou Les X-Men... sont sur le point de commencer leur parution -, les éditions Lug tentent la publication d'une collection clairement dévolue à la science-fiction, Futura, en trente-trois fascicules d'août 1972 à avril 1975.

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Futura01v.jpg


Cette série exploite en particulier les thèmes du scénariste Claude-Jacques Legrand, également rédacteur de plusieurs nouvelles, par ailleurs traducteur attitré en France des bandes dessinées de Conan, réalisateur d'un film sur la bande dessinée, auteur de romans policiers et de science-fiction, photographe de mode, de publicité et de pochettes de disques.

On reconnaît aussi dans Futura principalement le travail du dessinateur Luciano Bernasconi, auteur de Wampus et, fugitivement, de Lina Buffolente, dessinatrice de Gun Gallon.

Futura07.jpg


Ce titre offre divers aspects de la science-fiction et du fantastique. Larry Cannon et L'Autre représentent un courant de la science-fiction relativement "intimiste", "terrestre", en l'occurrence la mouvance "intrusion d'une présence extra-terrestre non désirée sur notre monde". D'autres séries relèvent du genre "super-héros".
Les catégories peuvent se mêler. Aster conjugue space opera et super-héros, Jaleb le télépathe passe à mi-parcours d'une science-fiction "intimiste" au space opera.

Futura5.jpg
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:30

http://pressibus.org/bd/polis/b/brigade.html
http://hb.pf.free.fr/site/lectures/futu ... de/pg0.htm
https://en.wikipedia.org/wiki/Brigade_Temporelle


Brigade temporelle
n° 1 à 10 et 19 à 26
scénario de Claude-Jacques Legrand
dessins d'Edmundo Ripoli



Brigade temporelle (n° 1 à 10, 19 à 26) s'inspire du roman La patrouille du temps de Poul Anderson.
Depuis l'invention de la machine à voyager dans le temps, une brigade de policiers spécialisés poursuit les sujets tentés de modifier le passé ou le futur. Ils sont dirigés par un ordinateur nommé "Le Pouce". Parfois, le "délinquant temporel" à arrêter appartient à la brigade elle-même, comme dans le troisième épisode (n° 3).

Futura02.jpg


Sous des dehors très classiques, tant d'un point de vue narratif que graphique, cette série se permet quelques audaces.
L'un des personnages "positifs" meurt, torturé de surcroît, ce qui est rare dans une bande dessinée pour adolescents autre que les fumetti neri qui venaient d'apparaître sur le marché quelques années plus tôt (n° 2 p. 99).
L'équipe échoue dans diverses missions, d'abord celle visant à sauver ledit personnage, mais aussi à récupérer un appareil du futur tombé aux mains des Sumériens d'il y a quarante-cinq siècles (n° 2) ; ensuite celle où elle doit désamorcer une bombe atomique perdue dans le passé (n° 10) ; celle encore où elle tente de sauver le grand maître des Templiers, condamné au bûcher (n° 23).
Là aussi, l'échec est un ingrédient peu courant dans la bande dessinée pour adolescents.

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Je signale un autre élément usuellement considéré comme "adulte", le personnage féminin de l'équipe qui, court vêtu et quelquefois présenté dans des poses suggestives (n° 2 p. 95, 112, 115, n° 4 p. 95, 103, n° 8 p. 98, 120, n° 9 p. 107, n° 10 p. 72, 124 par exemple), n'hésite pas à user de ses charmes pour piéger des adversaires (n° 2 p. 93 à 98).
On peut même remarquer quelques danseuses du passé en tenues légères (n° 2 p. 117, n° 4 p. 122), chose me semble-t-il impensable dans les publications Lug antérieures. Il est vrai que ces fascicules paraissaient en 1972, date à laquelle un début de "libéralisation des mœurs" venait d'avoir lieu.

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On trouve toutefois dans cette série quelques lieux communs bien contemporains.
La science-fiction et le fantastique sont souvent des reflets des craintes et préoccupations typiques de l'époque pendant laquelle ils sont imaginés. "Le futur imaginaire est le plus souvent conséquence directe du présent réel" a écrit Philippe Benoist dans sa rubrique "Futurs alternatifs" dans Back-Up n° 3 p. 26. "On ne parvient pas à s'extraire du présent auquel on appartient" a formulé pour sa part Daniel Phi dans son article "Les villes du futur" dans Horizons du fantastique n° 25 p. 12. Le troisième épisode se déroule ainsi dans l'Allemagne hitlérienne. Dans le quatrième numéro, il est fait mention des "conflits atomiques au XXIème siècle" (n° 4 p. 92), et d'une "guerre des Blocs en 2086" (p. 94). Dans le huitième épisode est évoqué un conflit qui a "provoqué l'extinction de la faune terrestre" (n° 8 p. 87).

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On peut noter aussi que certaines époques visitées sont habituelles dans les récits de voyages dans le temps : ère secondaire (n° 8), paléolithique (n° 19), antiquité égyptienne (n° 24), antiquité gréco-latine (n° 4), moyen âge (n° 23), ère viking (n° 7), Venise pendant le quattrocento (n° 9), révolution française (n° 5), Allemagne nazie (n° 3). D'autres sont moins communes : antiquité sumérienne (n° 1, 2), antiquité hébraïque (n° 10), Australie de la fin du XVIIIème siècle (n° 21), terre moribonde dans plusieurs milliards d'années (n° 6).
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:30

Certains scénarios se révèlent originaux, ainsi celui du quatrième fascicule, se déroulant dans la Grèce antique durant l'invasion romaine. Les membres de la brigade sont à la poursuite d'un homme du futur qui vient dans le passé acheter des œuvres d'art. Ils se retrouvent mêlés au conflit entre Grecs et Romains, et sont vendus comme esclaves.
Je signale aussi le récit du n° 5, dans lequel un voleur du XXème siècle, Mister B, s'empare d'une machine temporelle et va, pendant la révolution française, dépouiller les aristocrates exécutés par les révolutionnaires.

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Dans le n° 6, la patrouille est attirée dans un futur extrême, quand le soleil commence à s'éteindre. La terre est devenue un monde désertique, peuplé de reptiles géants. Les derniers humains, pareils à des fœtus au crâne hypertrophié, végètent dans des couveuses abritées dans les souterrains d'une ville habitée d'androïdes. Les membres de la brigade se retrouvent dans le rôle de gibier lors d'une chasse à courre, vêtus de peaux de bêtes et poursuivis par une meute de robots, comme dans le livre The most dangerous game de Richard Connell et le film La chasse du comte Zaroff d'Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. Réussir à survivre durant un laps de temps donné sera pour eux la condition d'un retour à leur époque.

Dans un épisode où la brigade part chasser le dinosaure (n° 8), le scénariste se permet de rectifier une erreur courante de bien des récits de science-fiction, celle qui mêle dinosaures et néandertaliens, commettant là un anachronisme de l'ordre d'une centaine de millions d'années. "L'homo sapiens n'apparaîtra que dans des millions d'années. (...) [Nous sommes] des millions d'années avant l'australopithèque" explique un personnage (n° 8 p. 113, 120).

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Dans "Les temps bibliques" (n° 10), des expérimentateurs du futur envoient des bombes nucléaires dans le passé pour connaître au présent les effets des explosions des millions d'années plus tard. L'une de ces bombes, à bord d'un chronoscaphe automatique mal réglé, s'égare chez les premiers Hébreux. La brigade temporelle est chargée de la désamorcer. Elle échoue, et c'est là que naît le mythe de Sodome et Gomorrhe. On trouve donc là un point commun avec Martin Mystère, la tentative par les auteurs de fournir des justifications rationnelles à des mythes et légendes
Brigade temporelle cherche à expliciter un autre mythe, celui du Comte de Saint-Germain. Il s'agit d'un "Naufragé du passé" (n° 19). C'est dans cet épisode qu'apparaît un fait troublant, l'interdiction qui est faite aux brigades du temps de remonter plus loin que quarante mille ans dans le passé, c'est-à-dire l'époque du paléolithique.

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Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:31

Dans "Les origines de l'homme", les membres de la brigade du temps découvrent que leur époque, le XXXXème siècle, n'est pas dirigée par des ordinateurs impartiaux comme ils le croyaient jusqu'alors, mais par une caste d'initiés (n° 20). Dès lors, la brigade n'a de cesse d'affronter ces êtres à travers le temps et l'espace, depuis le bagne australien du XVIIIème siècle, et en passant par les sous-sols parisiens d'aujourd'hui et le château des Templiers du XIVème siècle, jusqu'au temps de la construction des premières pyramides d'Egypte, dans un long récit qui là encore n'est pas sans faire penser à la bande italienne Martin Mystère.

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Ils rencontrent Imhotep, grand architecte de l'Egypte pharaonique, qui leur dévoile enfin le grand secret (n° 24).
Les initiés de tous les temps, et qui dirigent le futur, sont les habitants, de forme humaine, survivants d'une planète qui a explosé autrefois, créant la ceinture d'astéroïdes entre Mars et Jupiter. Ils sont venus lors de l'aube de l'humanité installer une colonie sur terre, sur un continent aujourd'hui disparu, Mû. Et ce sont eux qui, au fil des millénaires qui ont suivi ce cataclysme, ont aidé le développement de l'humanité en vue d'un plan grandiose : créer la brigade temporelle pour remonter le cours du temps jusqu'à avant l'explosion et empêcher la destruction de leur monde. L'idée est puissante.
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Les membres de la brigade parviennent donc à l'époque de l'immédiat après-cataclysme, quand la Terre a été irradiée par l'explosion lointaine de la planète, et montre une faune et une flore mutantes : végétation luxuriante, singes ailés à deux têtes, oiseaux siamois, crocodiles géants, plantes carnivores, hommes-poissons. Ils blindent de plomb leur chronosphère afin de remonter le temps plus loin encore dans le passé, en traversant le champ de radiations intenses dû au cataclysme.

Les personnages, pour leur part, sont partagés entre deux attitudes, le désir d'empêcher la destruction d'un monde, et leur fidélité au principe fondamental – la raison d’être de l’existence de leur équipe – selon lequel le temps ne doit pas être modifié. De retour dans le futur, ils découvrent l'échec de cette dernière mission. La planète des extra-terrestres a explosé malgré leur intervention, mais trois siècles après la date du cataclysme qu'ils ont évité. Ils apprennent qu'il existe une loi fondamentale dans l'univers, une "loi de compensation" qui veut que toute modification artificielle du temps ne soit que temporaire, qu'un événement nouveau annule la modification apportée, que le temps finisse toujours par reprendre son cours initial.

On aime ou on n’aime pas, mais il y a dans cette seconde partie une sorte de vision cosmique de l’histoire humaine qui n’est pas sans panache, et qui n’est pas si courante.

Anecdote : une statue de Jaleb le télépathe apparaît en décor dans le neuvième épisode (n° 9 p. 55).
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:31

https://fr.wikipedia.org/wiki/Larry_Cannon


Larry Cannon
n° 19 à 30
scénario de Claude-Jacques Legrand
dessins d'Annibale Casabianca (n° 19 à 21, 24, 25, 28 à 30) ou Yves Chantereau

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Larry Cannon exploite le thème de la possession d'humains par des entités extérieures, thème peu courant dans la bande dessinée et beaucoup plus au cinéma comme dans deux films de la série des Quatermass, La marque de Val Guest de 1957 et Les monstres de l'espace de Roy Ward Baker de 1967, ou Lifeforce de Tobe Hooper de 1985.
Voir la discussion : viewtopic.php?f=1&t=38480&p=896172#p894939
Entre autres remarques, Tovenaar, Doc Mars, Jmrazer ont en particulier fait le rapprochement entre cette histoire et le livre Marionnettes humaines de Robert A. Heinlein, le film Hidden de Jack Sholder (1987), les séries TV Noires sont les galaxies et Falling Skies, la BD "Les parasites du cerveau" de Doug Moench et Bill Sienkiewicz (Fantastic Four n° 227 - Nova n° 99), etc.


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Des extra-terrestres, ressemblant à des coléoptères pourvus d'yeux à facettes et d'ailes de chauves-souris, s'éveillent d'un sommeil millénaire dans lequel ils étaient plongés à l'abri dans des temples maya perdus dans la jungle de l'Amérique centrale. Ils entreprennent d'asservir les humains en les parasitant, se posant sur leur crâne et se connectant à leur cerveau, devenant ainsi leurs "maîtres". Larry Cannon, aidé de quelques proches, les combat.

Les parasites se répandent de plus en plus dans le sud des Etats-Unis.
"Il nous suffit de contrôler la police et la municipalité, pour qu'une ville nous obéisse sans le savoir" déclare un personnage possédé (n° 23 p. 1).
"Ils se contentent de s'emparer de quelques hommes importants de chaque ville. Ils ne doivent pas avoir assez de maîtres disponibles pour posséder toute la population" comprend Larry Cannon (n° 23 p. 3).

Pour se propager, les extra-terrestres ont recours à divers subterfuges. Prenant possession de pilotes cascadeurs d'un cirque automobile itinérant, "ils vont de ville en ville en passant inaperçus. Et chaque fois qu'ils repartent, ils laissent des hommes contrôlés par des parasites aux postes de commande" (n° 23 p. 39).
Ou bien, des hommes possédés lâchent des vols d'extra-terrestres à partir de camionnettes par des nuits chaudes, quand les fenêtres des demeures sont ouvertes (n° 25 p. 4). Ou encore, ils s'introduisent dans des bases militaires à bord de camions de services médicaux prétextant des vaccinations (n° 27 p. 19).

Au sixième épisode, Larry Cannon et un de ses amis parviennent à capturer un parasite vivant et le montrer à des membres des services secrets (n° 24). Le récit n'est désormais plus celui de la lutte d'un sujet isolé ou d'une poignée d'individus contre une invasion et que personne ne veut croire, à l'image de David Vincent dans la série Les envahisseurs, mais celui du combat de forces gouvernementales.
Le scénariste Claude-Jacques Legrand a très bien su éviter de prolonger indéfiniment le récit de "celui qui sait", seul contre tous, comme dans Wampus ou L'Autre. Larry Cannon se bat désormais sous les ordres des services secrets qui, par ailleurs, n'hésitent pas à le manipuler et le tromper pour tendre un piège aux envahisseurs (n° 25, 26).

Quand les "possédés" s'emparent de la dernière base militaire US, la vérité apparaît (n° 30). Les parasites ne sont pas venus sur terre dans un but de conquête, mais par accident, après avoir eu des avaries à bord de leur vaisseau, du temps des débuts de l'espèce humaine. Après avoir donné une impulsion au progrès de l'humanité, ils se sont placés en hibernation dans des temples maya en attendant que les civilisations terrestres aient développé une technologie suffisamment évoluée pour qu'ils puissent y avoir recours et réparer leur nef spatiale endommagée.

Larry Cannon
s'appuie donc sur un thème proche de celui de Brigade temporelle, dans laquelle des extra-terrestres attendaient également que le développement de la société terrestre ait conduit celle-ci à la maîtrise des voyages dans le temps.
En annexe, on retrouve le thème de la panne qui oblige des extra-terrestres à se poser en urgence sur terre, exploité dans le premier épisode de Jaleb le télépathe et, sous une variante, dans le douzième. On rencontre enfin, comme dans Brigade temporelle, l'idée d'un secret caché dans le passé de l'espèce.
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:31

Pour conférer un caractère inquiétant au récit, le dessinateur Annibale Casabianca a su jouer sur des images traditionnelles.
Ainsi, quand un homme possédé introduit, de nuit, une camionnette dans une petite ville et ouvre en grand les portes arrières afin que les parasites puissent en sortir et envahir la ville, le dessinateur a donné à cet envol d'insectes venus d'ailleurs l'apparence d'un vol de chauves-souris. Il utilise de ce fait une scène courante du cinéma fantastique, celle du vampire s'introduisant nuitamment par une fenêtre pour agresser un humain (n° 25 p. 4, 5).
De même, pour renforcer l'aspect effrayant de la possession d'un humain par un parasite, il a indiqué, sur la "tonsure" pratiquée par l'extra-terrestre dans les cheveux de sa victime, des points faisant penser à une affection cutanée d'aspect franchement maladif.
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Certaines péripéties véhiculent toutefois un certain infantilisme.
Quand Larry Cannon est menacé par une femme possédée armée, il lui dit : "Vos cheveux ne cachent même pas cette chose répugnante. Sur une jolie femme, c'est hideux". "Même possédée par un parasite, une jolie femme demeure une femme. Et quelle fille d'Eve résiste à l'attrait d'un miroir" explique la didascalie suivante (n° 22 p. 28). Larry Cannon profite alors du détournement de l'attention de la femme qui se regarde dans le miroir.
Dans le même épisode, l'ancien employeur de Larry Cannon, à qui il a été dit que Larry était devenu un criminel, lui donne un rendez-vous nocturne pour pouvoir vérifier par lui-même. Quand il découvre que Larry Cannon ne le menace qu'avec un crayon pointé à travers sa poche, et non avec une arme véritable, il risque dès lors sa vie pour le protéger de la police (n° 22).
Ailleurs, une jeune rebelle hongroise se préoccupe beaucoup de ressembler aux actrices hollywoodiennes (n° 30).

On rencontre aussi un poncif hautement caricatural de bien des récits dits "de genre".
Les adversaires des héros sont de piètres tireurs, incapables d'atteindre des hommes en fuite (n° 20 p. 45, 46, 49, n° 22 p. 8, 34 à 37, n° 28 p. 41, 42, n° 29 p. 19, 20, n° 30 p. 37, 42). A l'opposé les personnages "positifs" se révèlent tout à fait capables d'abattre sans difficulté des cibles bien plus petites, en l'occurrence les parasites extra-terrestres (n° 21 p. 49, n° 27 p. 46, n° 29 p. 34).
On retrouve là un des pires tics de l'histoire du western, exaltant l'habileté au tir, et donc l'infaillibilité, du héros tout-puissant.

D'autre part, la dénonciation récurrente du racisme, aussi généreuse soit-elle, est malhabile.
Dans le troisième épisode, Larry Cannon est maquillé en noir par des Black Panthers. Il est alors poursuivi par le Ku Klux Klan (n° 21). Dans le septième épisode, les habitants, tous possédés, d'une ville, et tous blancs, pourchassent un sujet encore "libre" : c'est un jeune noir (n° 25). Dans les dixième et onzième épisodes, lors d'une mission en Hongrie Larry Cannon est cette fois aidé par des tziganes (n° 28, 29).
Le territoire aux mains des extra-terrestres est le sud des Etats-Unis, c'est-à-dire les anciens états esclavagistes durant la guerre de Sécession. Et la lutte contre les parasites redevient le conflit symbolique entre états du nord et états du sud.
Claude-Jacques Legrand était décidément hanté par la défense et la réhabilitation des minorités parfois mal considérées, mais son militantisme manquait pour le moins de finesse.
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:32

http://pressibus.org/bd/polis/j/jaleb.html

Jaleb le télépathe
n° 1 à 18
scénario de Claude-Jacques Legrand
dessins d'Annibale Casabianca (n° 1 à 16), puis Yves Chantereau


Jaleb le télépathe présente les efforts d'un extra-terrestre de forme humaine égaré sur terre pour retrouver son peuple.
Un vaisseau spatial s'est brièvement posé sur Terre pour réparation et, tandis que les adultes s'affairaient à sa remise en route, un enfant, Jaleb, en est sorti. Le vaisseau est reparti en l'abandonnant sur terre.
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Adopté par des fermiers, Jaleb découvre en grandissant qu'il possède un don naturel de télépathie. Il fait par hasard la connaissance d'une femme qui possède le même pouvoir et lui révèle l'existence d'un peuple de télépathes qui vit caché au milieu des humains (n° 1). Quand elle décède avant d'avoir pu les lui faire rencontrer, Jaleb se met en quête de ce peuple qu'il pense être le sien.

Il croise ainsi, dans un pays sud-américain en pleine révolution, un autre télépathe, amnésique, qui disparaît enlevé par des inconnus (n° 2), puis une jeune sauvageonne vivant au contact des animaux, fille d'un homme de passage, mort depuis lors, dont la carte d'identité était faite d'une matière n'existant pas sur Terre et portait des caractères étranges (n° 3).
Il assiste à une attaque d'un commando de "son peuple" contre un parti fasciste se livrant à des expériences sur le cerveau, et au cours de laquelle il a la confirmation de l'origine extra-terrestre de ces êtres (n° 4). Il rencontre en Afrique une communauté de troglodytes aveugles pratiquant la "guérison psychique", descendant de ces mêmes extra-terrestres (n° 6).
Ce long parcours le conduit finalement au Japon (n° 7, 8), où il rencontre des "Galactiques", représentants de son peuple d'origine. Ceux-ci se divisent en deux camps rivaux, les "Légalistes" et les "Idéalistes".
Les premiers, qui sont au pouvoir dans leur empire, refusent de faire entrer dans la fédération galactique toute planète dont la population n'est pas encore parvenue au stade des voyages spatiaux (n° 8 p. 34) ou à celui de la télépathie (n° 9 p. 3). Les seconds, dissidents, sont au contraire partisans de l'ouverture de la Fédération à d'autres mondes.

Jaleb1.jpg

La série passe alors d'un récit relativement intimiste à un véritable space opera.
Jaleb ne cesse d'affronter les "Légalistes" prêts à tout pour discréditer la terre et ses habitants, tantôt sur une planète où une ancienne colonie a régressé à un stade tribal après une guerre d'indépendance (n° 12), sur la Terre (n° 13 à 15), et sur sa propre planète natale, Central, capitale de l'empire galactique (n° 11, 16 à 18).
Avec, à la clef, là aussi, un plaidoyer antiraciste et anti-apartheid particulièrement appuyé. Une phrase comme "Toute notre société est fondée sur la supériorité d'une minorité télépathe" garde en effet tout son sens si l'on remplace "minorité télépathe" par "minorité blanche" (n° 18 p. 36). La démonstration du scénariste est claire.

Ayant échoué à défendre le cas de la Terre devant une commission examinant la possibilité de l'admission de celle-ci dans l'empire, Jaleb est condamné à subir un traitement qui détruit provisoirement son don télépathique (n° 17). Il vit dès lors avec les non-télépathes de Central, humains de divers peuples n'ayant pas évolué jusqu'à la capacité télépathique et "importés" de mondes alentour pour occuper des emplois subalternes.
Il appartient successivement à divers groupes clandestins, la "Guilde des voleurs" puis la "Guilde des techniciens" (n° 17). Une petite révolution amène la résolution de tous les problèmes (n° 18).

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Ce récit montrant Jaleb appartenant d'abord au clan des "Idéalistes", ensuite à celui des "Voleurs" et à celui des "Techniciens" luttant contre les "Légalistes", relève du thème courant de l'adhésion du personnage de science-fiction explorateur d'autres mondes - dont l'archétype est Flash Gordon - à un groupe de rebelles s'insurgeant contre une dictature sévissant sur une planète où il parvient.

Jaleb3.jpg

Petite remarque. Dans le sixième épisode, Les tambours de Nakika, des mercenaires blancs sèment la terreur dans une région de l'Afrique. Ces hommes sont en majorité d'origine allemande. Dans le septième épisode, L'homme de Kurashi, un tueur à la solde d'un parti totalitaire et xénophobe est lui aussi de nationalité allemande. En 1973, le stéréotype désobligeant amalgamant volontiers appartenance germanique avec totalitarisme ou cruauté était encore bien vivace dans les esprits.

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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:32

L'Autre
n° 11 à 18
scénario de Franco Frescura
dessins de Luciano Bernasconi

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L'Autre est une reprise édulcorée, et passablement affadie, de Wampus.

Echaudés par l'interdiction de ce titre quatre ans plus tôt, les auteurs ont considérablement adouci leur création antérieure. L'être premier, au physique repoussant, est devenu un humanoïde superbe.
Dans le même temps, les idées originales de la livraison initiale ont disparu.

Là où Wampus semait la mort et le désespoir d'une façon d'autant plus désespérante que ni le lecteur ni les personnages humains du récit n'en comprenaient la raison, L'Autre accomplit le mal pour remplir la condition lui permettant de voyager à travers les univers parallèles.
Et le personnage nouvelle manière dépense plus de temps et d'énergie à tenter d'en convaincre son adversaire humain qu'à réellement semer "la ruine, la peur, le chaos".

l'autre1.jpg

Il ne demeure plus qu'une suite d'épisodes fortement teintés de références religieuses où le dieu des chrétiens lui-même apparaît sous la forme d'une grande croix lumineuse (n° 17 p. 127, 128, ). Après avoir vaincu l'Autre, son adversaire humain ne manque d'ailleurs pas de remercier son dieu (n° 18 p. 109).
Autre allusion, l'Autre adopte l'aspect d'un serpent, figure traditionnelle du diable, peu avant d'affronter le pape, idée d'autant plus curieuse de sa part qu'elle le handicape plutôt qu'autre chose en pleine ville (n° 12 p. 104 à 106).

Dès lors n'affleurent plus que les maladresses de la version initiale de Wampus, et le scénario se résume à un bout à bout de péripéties absurdes et naïves, principalement de fades et incessantes courses-poursuites entre l'Autre et le terrien qui tente de le mettre hors d'état de nuire, doublées de tout aussi répétitives scènes de nature identique entre ce même terrien et les diverses polices des lieux qu'il traverse, qui l'accusent à tort des méfaits accomplis par l'Autre.

Cerises sur le gâteau, on peut signaler quelques situations d'un ridicule abouti, ainsi le déclenchement d'une troisième guerre mondiale sur le seul appel radio d'un simple soldat, ou la fuite de la garnison d'une prison terrorisée par l'apparition d'une croix géante.


Révélant une fois de plus sa totale absence de discernement, la censure aura obligé des auteurs, à plusieurs années d'écart, à transformer en banalité ce qui était au départ une idée véritablement novatrice de l'histoire de la bande dessinée, le thème premier de Wampus, dû à l'imagination de Marcel Navarro.

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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Nutello » Mer 08 Nov 2017, 18:32

Bob Lance
n° 31
scénario de Pier Carpi
dessins de Luciano Bernasconi

Sybilla
n° 32 à 33
scénario de Pier Carpi
dessins de Luciano Bernasconi


Sibilla est une série mettant en scène un couple appartenant à la congrégation des détectives de l'extraordinaire.
Ils cherchent d'abord à résoudre le problème d'apparitions du spectre de Cagliostro (n° 32), puis celui de l'existence des loups-garous (n° 33).

Détail : parlant de plusieurs historiens, un personnage cite entre autres noms celui de Pier Carpi, c'est-à-dire celui du scénariste de la bande (n° 32 p. 82).

futura31.jpg


Bob Lance (n° 31) est un autre détective du surnaturel, héritier des Chevaliers de la Table Ronde. Ses enquêtes ont été publiées en 30 épisodes, 29 dans Ombrax n° 52 à 60, 63, 67 à 70, 80, 84, 176, 177, 185 à 187, 189, 192 à 195, 197 à 199, et 1 dans Futura.
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Re: Futura - Le fantastique chez Lug

Messagepar Blek » Mer 08 Nov 2017, 21:23

Super sujet !
Tu t'es lâché :bise:
Je vais me lire tout ça tranquille après diner
Merci beaucoup :jap:
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